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Portrait d’artiste – Séverine Bourgeois

24 Juin

Séverine Bourgeois

Née en 1988, vit et travaille à Avignon

Handhead-Sylvie, 2012 – Photomontage numérique, 30 x 45 cm

Ma définition de l’art

Une œuvre atteint le but ultime au sein du bouleversement, dans le sens où quelque chose se déplace. Elle doit engendrer des émotions et réactions qui peuvent être très variées : étonnement, fascination, colère, dégoût, malaise, frustration, apaisement, etc. Quelque chose doit capter le regard, l’emprisonner, le prendre en otage, le malmener pour amener le spectateur à ressentir.

Bien évidemment, chaque personne sera touchée par certaines œuvres, beaucoup moins par d’autres… Il est aussi question d’affinités.

L’art se crée au cœur du regard, et il est vraiment important de parvenir à atteindre tout type d’individus. Chacun possède sa propre lecture de l’art, un regard personnel, et une idée différente de ce qu’est une œuvre d’art. Cette dernière doit, à mon avis, posséder plusieurs strates pour prétendre à une réelle richesse, dans le sens où il est possible de l’expérimenter sur plusieurs niveaux : expérience physique, émotions, idées, réflexions…

Pierre, feuille, ciseaux – 2011 / Mine de plomb sur papier, 30 x 45 cm

Ma démarche artistique

Je joue avec le corps, avec la perception.

Plus précisément, j’essaie d’explorer le territoire de la perception de notre corps.

Mon champ d’investigations et d’expérimentations s’articule autour de la différence. Quelle sont les caractéristiques, les schémas qui la définissent ? Pourquoi crée-t-elle des barrières imaginaires ? En quoi effraie-t-elle ?

À travers chacun de mes travaux apparaît toujours le même paradoxe : celui de l’ajout qui soustrait.

Je crée des extensions du corps, des compléments, qui ôtent quelque chose : la liberté de mouvement, les repères usuels des proportions humaines. J’invente des hybrides, modifie les échelles et les rapports, tout en jouant toujours sur une double lecture de l’image, de l’objet.

Le retour au corps sans recours au corps.

Le corps peut parfois être absent physiquement, pourtant il se ressent dans la forme et dans le choix des matériaux qui renvoient directement à lui.

Un lien certain existe avec l’univers médical, dont je me sens particulièrement et spécifiquement proche. Je ressens le besoin de contraindre le corps, de l’emprisonner dans un carcan. J’accomplis une sorte de thérapie personnelle en malmenant le corps au travers d’outils, de matériaux liés aux techniques de la chirurgie, de la contention physique. Un moyen de rendre explicite les dégradations qui sont habituellement hors de portée du regard.

La notion du regard est omniprésente. Ou plutôt : comment apparaît ce qui est offert à la vue ? Voir se vit, s’expérimente pour tenter d’en percevoir tous les mécanismes et tous les réflexes. Et c’est au cœur de la vision que réside la première différence.

Joute de déambulateurs, 2011 – Déambulateurs et tiges de béquille, dimensions variables

Est ce que l’un de mes travaux aborde des questions liées à la femme ?

Mon travail n’a aucun lien direct avec le fait que je sois une femme, et j’aime à penser qu’il serait le même si j’appartenais au sexe opposé. Je ne crée en tant que femme, avec un point de vue et des idées propres aux femmes, mais plutôt en tant qu’individu.

Les thèmes que j’aborde ne sont pas liés, de près ou de loin, à la condition féminine et à tout ce qui s’en approche, mais sont intrinsèquement connectés à l’humain en général.

Même dans les techniques employées, les objets et images créés, je ne suis pas sûr que le fait d’être une femme soit palpable. En tout cas, ce n’est pas quelque chose que je cherche à provoquer.

Organes (papier-peint), 2011 – Encre sur papier, 50 x 200 cm

De toutes mes réalisations, laquelle me tient le plus à cœur ?

Je serais tentée de répondre : celui que je n’ai pas encore achevé ! Mais ce ne serait que partiellement vrai. S’il fallait n’en choisir qu’un, ce serait sûrement la série des Harnais/Étuis. Je crois être parvenue à y cristalliser plusieurs thématiques importantes et déterminantes de mon travail. De plus, il y a certaines réalisations qu’on s’imagine pouvoir décliner à l’infini, et celle-ci en fait partie.

Cardiaque, 2011 – Simili-cuir, dimensions variables

Image représentant une chaussure

www.severinebourgeois.com

http://severinebourgeois.wordpress.com

 

 

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